Die Schweizerische Gesellschaft für Bildungsforschung (SGBF)

Prof. Dr. François Audigier

François Audigier - DOMAINES GENERAUX DE FORMATION, COMPETENCES, ÉDUCATION A..., LES CURRICULUMS ET LES DISCIPLINES SCOLAIRES CHAHUTES - EXEMPLE DE L’ÉDUCATION EN VUE DU DEVELOPPEMENT DURABLE

Interrogations sur l’efficacité de l’École face aux transformations du monde entre les mutations du marché du travail, la mondialisation sous la multitude de ses aspects et la diffusion irréversible du numérique, injonctions des Organisations intergouvernementales (OCDE, UE), mises en cause de la culture scolaire par le constat d’une distance croissante entre cette culture, elle aussi diverse, et celles d’un nombre de plus en plus important d’élèves, etc., autant de facteurs qui déstabilisent nos institutions scolaires, leurs structures et les curriculums. Parmi les orientations mises en avant pour répondre aux défis ainsi posés, la référence aux compétences, les unes dites fondamentales, d’autres transversales, l’introduction de nouvelles demandes autour de Domaines généraux de formation et des Éducation à…, etc. sont censées inspirer les réformes de plans d’étude et de curriculums jusqu’à présent fortement structurés autour de disciplines scolaires souvent anciennes. Parmi ces dernières, les disciplines du monde social, ici celles qui sont le plus souvent présentes à l’École obligatoire –Éducation à la citoyenneté, Géographie, Histoire- sont particulièrement chahutées. Elles le sont parce que la préparation à la vie de l’individu, du travailleur, du citoyen, les mobilise de nombreuses manières.  Ainsi, l’élève s’insère dans une société déjà là dont il importe qu’il connaisse à la fois les règles qui l’organisent, les raisons de celles-ci et les valeurs qui les fondent, les droits et libertés dont il dispose pour agir et prendre des initiatives, les défis et les problèmes que cette société doit affronter et résoudre aujourd’hui et dans l’avenir avec la multiplicité des acteurs individuels et collectifs, d’ici et d’ailleurs, leurs intérêts, leurs croyances, etc.
Au cours de cette communication, je rappelle, dans un premier temps, quelques éléments essentiels du sens que l’on peut donner à ces orientations, des débats et mises en tension qu’elles soulèvent. En particulier, la délimitation des savoirs à enseigner déborde très largement de l’habituelle référence aux savoirs académiques et s’ouvre de plus en plus à des savoirs professionnels et à des savoirs d’action ; les rapports que chacun entretient avec ces différents savoirs accordent de plus en plus de place à leurs usages et à leur efficacité. Puis, pour les illustrer plus précisément et examiner leurs effets sur les curriculums des disciplines du monde social, je prends comme exemple l’Éducation en vue du développement durable. Ces effets portent sur le choix des savoirs à enseigner et donc sur les définitions même de ces disciplines et leurs relations, ainsi que sur les dispositifs et pratiques d’enseignement. Au-delà des débats sur le développement durable, cette Éducation est emblématique des tensions et contradictions dans lesquels ces orientations plongent l’École. En effet, elle porte sur un objet très ‘englobant’ qui concerne les individus, chacun d’entre nous, et les collectifs, associations et entreprises, institutions et pouvoirs ; elle appelle des réflexions, des analyses, des décisions et actions qui mobilisent une très grande diversité de savoirs et de références, et impliquent une variété d’échelles depuis le local jusqu’au planétaire ; sans oublier les valeurs puisqu’elle traite des conditions de vie des habitants de la planète. Elle ouvre donc aussi à une transformation de nos approches de la citoyenneté et de la formation du citoyen.